Agir au quotidien · conseil n° 3
Manger moins de viande rouge : un geste efficace pour le climat
Selon l'ADEME, un repas avec du bœuf émet environ 14 fois plus de gaz à effet de serre qu'un repas végétarien. Réduire la viande rouge, sans forcément y renoncer, fait une vraie différence sur une année.
L'alimentation représente environ un cinquième de l'empreinte carbone d'un Français. Et dans l'assiette, tous les aliments ne se valent pas : selon les données de l'ADEME, un repas avec du bœuf émet environ 7 kg d'équivalent CO₂, contre environ 0,5 kg pour un repas végétarien, soit environ 14 fois moins. Remplacer quelques repas de viande rouge par semaine est l'un des gestes les plus efficaces pour le climat, et souvent l'un des plus simples à mettre en place.
Pourquoi la viande rouge pèse si lourd
Le méthane des ruminants
Les bovins et les ovins sont des ruminants : leur estomac digère l'herbe grâce à une fermentation qui produit du méthane, rejeté principalement par la bouche lors de la rumination. Le méthane est un gaz à effet de serre bien plus puissant que le CO₂ à court terme, même s'il reste moins longtemps dans l'atmosphère. Selon le GIEC, il est responsable d'une part importante du réchauffement observé depuis l'ère préindustrielle, et l'élevage en est l'une des principales sources.
Une conversion peu efficace
Pour produire un kilogramme de viande, un animal doit consommer beaucoup plus de végétaux : de l'herbe, mais aussi des céréales et des tourteaux de soja. Ces cultures demandent des terres, des engrais (qui émettent du protoxyde d'azote, un autre gaz à effet de serre) et de l'énergie. Plus un animal vit longtemps avant d'être consommé, plus ces besoins s'accumulent. C'est pourquoi le bœuf a une empreinte bien supérieure au poulet ou au porc.
La déforestation importée
Dans certaines régions du monde, notamment en Amérique du Sud, des forêts sont défrichées pour faire des pâturages ou des cultures de soja destinées à l'alimentation animale. Une partie de ce soja est importée en Europe. Détruire une forêt libère le carbone qu'elle stockait et prive la planète d'un puits de carbone.
Ce que disent les données
L'ADEME publie, à partir de sa base de données Agribalyse, l'empreinte carbone de repas types. Les ordres de grandeur sont les suivants :
- un repas avec du bœuf : environ 7,3 kg d'équivalent CO₂ ;
- un repas végétarien : environ 0,5 kg d'équivalent CO₂ ;
- les repas avec de la volaille ou du porc se situent entre les deux, nettement plus près du repas végétarien que du repas au bœuf.
Faisons un calcul simple. Une personne qui remplace trois repas au bœuf par semaine par des repas végétariens évite environ 6,8 kg d'équivalent CO₂ par repas, soit plus de 20 kg par semaine et, sur une année, de l'ordre d'une tonne. C'est une part significative d'une empreinte de 8 à 9 tonnes.
Les produits laitiers, notamment le fromage, ont eux aussi une empreinte importante, car ils proviennent des mêmes ruminants. À l'inverse, les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots secs) apportent beaucoup de protéines pour une empreinte très faible.
Comment faire, concrètement
1. Commencer par le bœuf et l'agneau
Inutile de devenir végétarien du jour au lendemain. Le plus efficace est de cibler d'abord les viandes de ruminants : remplacer un steak par du poulet, des œufs ou un plat de légumineuses a déjà un effet important.
2. Adopter quelques repas végétariens par semaine, sans forcément passer au régime végétarien
De nombreuses cuisines du monde sont naturellement riches en plats sans viande : dal de lentilles indien, chili sin carne, couscous aux légumes et pois chiches, curry de légumes, pâtes aux légumes, omelettes, gratins, soupes complètes. Deux ou trois repas végétariens par semaine s'intègrent facilement, à la maison comme au travail.
3. Miser sur les légumineuses
Lentilles, pois chiches, haricots rouges ou blancs, pois cassés : elles sont économiques, se conservent longtemps et sont riches en protéines et en fibres. Associées à des céréales (riz, semoule, pain, pâtes), elles apportent des protéines de bonne qualité. Les versions en conserve ou surgelées font gagner beaucoup de temps.
4. Moins, mais mieux
Quand vous mangez de la viande, vous pouvez réduire les portions et privilégier la qualité. Une viande en accompagnement plutôt qu'en plat principal, comme dans de nombreuses cuisines traditionnelles, permet de garder le goût en réduisant les quantités.
5. Limiter le gaspillage
Un aliment jeté a été produit, transporté et parfois cuisiné pour rien. Planifier ses repas, conserver les restes et utiliser les produits avant leur date limite évite des émissions inutiles, et fait faire des économies.
Et la santé ?
Les autorités de santé françaises recommandent déjà de limiter la viande hors volaille à environ 500 g par semaine et la charcuterie à 150 g par semaine, et d'augmenter la consommation de légumineuses. Réduire la viande rouge va donc dans le même sens que les recommandations nutritionnelles. En cas de doute, notamment pour les enfants, les femmes enceintes ou les personnes âgées, demandez conseil à un professionnel de santé.
Les idées reçues à éviter
- « Le plus important, c'est de manger local. » Le transport ne représente en général qu'une petite part de l'empreinte d'un aliment. Ce qu'on mange compte bien davantage que d'où cela vient : un bœuf local émet en général bien plus qu'un plat de lentilles importées.
- « Sans viande, on manque de protéines. » Une alimentation variée, avec des légumineuses, des céréales, des œufs et des produits laitiers, couvre largement les besoins en protéines de la plupart des adultes.
- « Les prairies stockent du carbone, donc l'élevage est neutre. » Les prairies stockent effectivement du carbone et ont un intérêt pour la biodiversité. Mais ce stockage ne compense en général qu'une partie des émissions de l'élevage.
En résumé
- L'alimentation représente environ un cinquième de l'empreinte carbone d'un Français.
- Selon l'ADEME, un repas avec du bœuf émet environ 14 fois plus qu'un repas végétarien.
- Remplacer trois repas au bœuf par semaine par des repas végétariens peut éviter de l'ordre d'une tonne d'équivalent CO₂ par an.
- Les légumineuses sont l'alliée idéale : peu chères, nourrissantes et très peu émettrices.