Comprendre · 5 novembre 2026
Iceberg A23a : la vie et la fin du plus grand iceberg du monde
Né en 1986, bloqué plus de trente ans au fond de la mer de Weddell, piégé par un tourbillon puis échoué près de la Géorgie du Sud : l'histoire d'A23a, le géant qui a fasciné le monde, et ce qu'elle nous apprend.
L'iceberg A23a est un bloc de glace géant qui s'est détaché de l'Antarctique en 1986 et qui a longtemps été le plus grand iceberg du monde, avec une superficie proche de 4 000 km², plus de trente fois celle de Paris. Après plus de trente ans immobile, posé sur le fond de la mer de Weddell, il s'est remis à dériver en 2020, a été piégé plusieurs mois dans un tourbillon océanique en 2024, puis s'est disloqué près de l'île de Géorgie du Sud en 2025. En mars 2026, le U.S. National Ice Center a cessé de le suivre, jugeant ses restes trop petits. Le titre de plus grand iceberg du monde revient désormais à D15A.
Peu d'icebergs ont une biographie. A23a en a une, suivie par les satellites et racontée par les scientifiques pendant quarante ans. Elle est l'occasion de comprendre comment naît, vit et meurt un iceberg géant.
Ce qui se passe
D'où vient son nom ?
Les icebergs antarctiques reçoivent un nom du U.S. National Ice Center lorsqu'ils mesurent au moins 10 milles nautiques (environ 18,5 km) de long. La lettre A indique qu'il a été repéré pour la première fois dans le secteur situé entre 0° et 90° de longitude ouest, qui comprend la mer de Weddell. Le numéro 23 signifie qu'il était le 23ᵉ iceberg nommé dans ce secteur. Le a final indique qu'il s'agit d'un morceau d'un iceberg plus grand, A23, qui s'était fragmenté. Pour en savoir plus sur ces noms, consultez la fiche de chacun des icebergs de notre catalogue.
1986 : la naissance
A23a s'est détaché de la plate-forme de glace de Filchner-Ronne, l'une des plus vastes de l'Antarctique, en 1986. Ce phénomène, appelé vêlage, est naturel : les plates-formes de glace avancent lentement sur l'océan, poussées par la calotte, et finissent par se fracturer et libérer des icebergs. Le vêlage d'A23a ne peut donc pas être attribué au réchauffement climatique.
À sa naissance, A23a mesurait près de 4 000 km², plus de trente fois la superficie de Paris. Ces icebergs dits tabulaires sont plats, bordés de falaises verticales, et épais de plusieurs centaines de mètres. Comme pour tout iceberg, environ 90 % de leur volume se trouve sous l'eau.
Plus de trente ans posé au fond de la mer
Peu après sa naissance, A23a s'est échoué sur le fond de la mer de Weddell. Sa base, très profonde, touchait le plancher océanique, si bien qu'il est resté immobile pendant plus de trente ans, comme une île de glace. Pendant toutes ces années, il a lentement fondu et s'est aminci.
2020 : le grand départ
Vers 2020, aminci par la fonte, A23a s'est soulevé du fond et a commencé à dériver. Il a franchi la pointe nord de la péninsule antarctique en novembre 2023, alors qu'il était redevenu le plus grand iceberg du monde, les autres géants s'étant fragmentés entre-temps. Au début de 2025, il mesurait encore environ 3 600 à 3 700 km² et pesait de l'ordre de mille milliards de tonnes.
2024 : prisonnier d'un tourbillon
En avril 2024, A23a est entré dans le courant circumpolaire antarctique, le grand courant qui fait le tour du continent. Puis, au-dessus d'un relief sous-marin, le banc Pirie, près des îles Orcades du Sud, il s'est retrouvé piégé dans une colonne de Taylor : un tourbillon qui se forme lorsqu'un courant rencontre une montagne sous-marine. Pendant des mois, l'iceberg a tourné sur lui-même au même endroit, observé par les satellites. Il ne s'est libéré qu'en décembre 2024.
2025 : l'échouage près de la Géorgie du Sud
Libéré, A23a a filé vers le nord, dans des eaux de plus en plus chaudes. Au début de mars 2025, il s'est échoué sur le plateau continental, au large de la Géorgie du Sud, une île sub-antarctique qui abrite d'immenses colonies de manchots et d'otaries. Les scientifiques s'inquiétaient : un iceberg de cette taille pouvait bloquer l'accès des animaux à leurs zones de pêche. L'iceberg a finalement commencé à se disloquer, emporté par un courant qui tourne autour de l'île.
2025-2026 : la fin d'un géant
Au fil de l'été austral 2025, A23a a perdu d'énormes morceaux. Vers septembre 2025, il a perdu son titre de plus grand iceberg du monde. Le 20 mars 2026, le U.S. National Ice Center l'a mesuré à seulement 141 km² et a indiqué qu'il devenait trop petit pour être suivi. Ses fragments ont continué de fondre dans les eaux de l'Atlantique Sud ; à la mi-2026, l'iceberg était considéré comme pratiquement disparu.
Ce que disent les données
- Naissance : 1986, plate-forme de Filchner-Ronne, environ 4 000 km².
- Immobilité : plus de trente ans posé au fond de la mer de Weddell.
- Départ : vers 2020 ; passage de la péninsule antarctique en novembre 2023.
- Taille au début de 2025 : environ 3 600 à 3 700 km², de l'ordre de mille milliards de tonnes.
- Colonne de Taylor : avril à décembre 2024, près des Orcades du Sud.
- Échouage : mars 2025, au large de la Géorgie du Sud.
- Fin du suivi : 20 mars 2026, 141 km² selon le U.S. National Ice Center.
Le nouveau détenteur du titre, D15A, s'est détaché en 2016 de la plate-forme de glace West, dans l'est de l'Antarctique. Selon les relevés du U.S. National Ice Center, il mesure environ 94 km sur 41 km, soit un peu plus de 3 000 km². Vous pouvez suivre sa position sur sa fiche : Iceberg D15A.
Ce qu'A23a nous apprend
Un iceberg géant n'est pas forcément un signe du réchauffement
C'est une nuance importante. Le vêlage des grands icebergs fait partie du cycle naturel des plates-formes de glace, et la fin d'A23a, qui a fondu en dérivant vers des eaux plus chaudes, est le destin normal de tout iceberg. Les scientifiques mettent en garde contre la tentation de faire de chaque iceberg un symbole du changement climatique.
Ce qui inquiète les chercheurs, ce n'est pas un iceberg en particulier, mais l'évolution des plates-formes elles-mêmes. Lorsque l'océan se réchauffe et les fait fondre par en dessous, elles s'amincissent et retiennent moins bien la glace du continent, qui s'écoule alors plus vite vers la mer. C'est ce mécanisme qui fait de l'Antarctique de l'Ouest l'une des principales sources de montée du niveau des mers.
Les icebergs nourrissent l'océan
En fondant, un iceberg libère de l'eau douce, mais aussi des poussières et des nutriments, notamment du fer, piégés dans la glace depuis des siècles. Dans l'océan Austral, où le fer est rare, cet apport peut favoriser la croissance du plancton, à la base de toute la chaîne alimentaire. Des scientifiques du British Antarctic Survey ont prélevé des échantillons d'eau autour d'A23a pour étudier cet effet. Les analyses publiées en 2026 suggèrent qu'au moment des prélèvements, son eau de fonte n'avait pas modifié de façon importante la chimie de l'océan local.
Les satellites permettent de suivre la glace partout
Il y a quarante ans, suivre un iceberg au milieu de l'océan Austral relevait de l'exploit. Aujourd'hui, les satellites radar, qui voient à travers les nuages et la nuit polaire, permettent de connaître chaque semaine la position et la taille des grands icebergs. C'est grâce à ces données publiques que l'histoire d'A23a a pu être racontée, et que Mon Iceberg peut proposer de suivre des icebergs réels.
Pourquoi c'est important
L'histoire d'A23a illustre à quel point l'Antarctique est un système vivant et dynamique, et à quel point nous dépendons des observations par satellite pour le comprendre. Elle rappelle aussi que l'océan Austral et ses courants jouent un rôle majeur dans le climat de toute la planète. Suivre les icebergs, c'est garder un œil sur l'état des plates-formes de glace, et donc sur l'avenir du niveau des mers.
Ce que chacun peut faire
On ne peut pas empêcher un iceberg de fondre, et ce n'est pas souhaitable : c'est son destin naturel. Mais on peut limiter le réchauffement de l'océan qui fragilise les plates-formes de glace. Nos guides détaillés vous aident à réduire votre empreinte carbone :
Et pour garder un lien concret avec la glace qui dérive, vous pouvez suivre, adopter ou offrir l'un des icebergs réels de notre catalogue, dont D15A.
Pour aller plus loin
- British Antarctic Survey – Le plus grand iceberg du monde s'échoue près de la Géorgie du Sud (en anglais)
- NASA Earthdata – Images satellite d'A23a près de la Géorgie du Sud (en anglais)
- ESA – Earth from Space : le destin d'un géant (en anglais)
- U.S. National Ice Center – Icebergs antarctiques (en anglais)