Comprendre · 5 novembre 2026

Fonte des glaces : ce qui fond, à quelle vitesse, et ce que cela change

8 min de lecture

Fonte des glaciers, calotte glaciaire du Groenland et de l'Antarctique, banquise, montée des eaux : toutes les glaces de la planète reculent, mais pas de la même façon ni avec les mêmes conséquences. Le point complet, chiffres à l'appui.

La fonte des glaces désigne le recul des glaces de la planète sous l'effet du réchauffement climatique : glaciers de montagne, calottes glaciaires (ou inlandsis) du Groenland et de l'Antarctique, et banquise. Selon une étude internationale publiée en 2025 dans la revue Nature, les glaciers du monde ont perdu environ 5 % de leur volume entre 2000 et 2023. Les calottes, elles, ont perdu au total plus de 7 000 milliards de tonnes de glace entre 1992 et 2020. Cette fonte fait monter le niveau des mers, modifie les ressources en eau douce et accélère le réchauffement lui-même.

On parle souvent de « la » fonte des glaces comme d'un phénomène unique. En réalité, il existe plusieurs sortes de glace, qui ne fondent pas au même rythme et n'ont pas les mêmes effets. Comprendre ces différences est la clé pour lire correctement les chiffres et les titres de l'actualité.

Ce qui se passe

Quelles sont les différentes glaces de la planète ?

Comment un glacier perd-il de la glace ?

Un glacier fonctionne comme un compte en banque. Chaque hiver, la neige qui tombe et se transforme en glace est un dépôt. Chaque été, la glace qui fond, et pour les glaciers qui touchent la mer les icebergs qui s'en détachent, sont des retraits. Les glaciologues appellent ce solde le bilan de masse.

Quand le climat est stable, les dépôts et les retraits s'équilibrent sur plusieurs années. Avec le réchauffement, les étés sont plus longs et plus chauds, une partie des précipitations tombe en pluie plutôt qu'en neige, et le solde devient négatif année après année. Le glacier s'amincit, puis son front recule.

Pourquoi la fonte s'accélère-t-elle ?

Plusieurs mécanismes se renforcent mutuellement :

  1. L'albédo : la neige fraîche renvoie la plupart de la lumière du soleil. Quand elle disparaît plus tôt dans l'été, elle laisse apparaître une glace plus sombre, parfois couverte de poussières, qui absorbe davantage de chaleur.
  2. L'altitude : en s'amincissant, la surface d'un glacier ou d'une calotte descend vers des altitudes plus basses, donc plus chaudes. C'est un cercle vicieux.
  3. L'océan : en Antarctique et au Groenland, une eau de mer plus chaude fait fondre par en dessous les langues de glace qui flottent. Ces plates-formes agissent comme des bouchons : quand elles s'amincissent, la glace située en amont s'écoule plus vite vers la mer.

Toutes les glaces ne font pas monter la mer

C'est l'une des idées les plus importantes à retenir :

Un repère utile : selon le service européen Copernicus, il faut environ 360 milliards de tonnes de glace terrestre fondue pour faire monter le niveau moyen des mers d'un millimètre.

Ce que disent les données

La fonte des glaciers de montagne

L'étude GlaMBIE, publiée en février 2025 dans Nature et qui rassemble les mesures de dizaines d'équipes, donne le bilan le plus complet à ce jour :

En France, la Mer de Glace, le plus grand glacier du pays, dans le massif du Mont-Blanc, a reculé d'environ deux kilomètres depuis le milieu du XIXᵉ siècle. Les visiteurs qui descendent aujourd'hui vers la grotte de glace empruntent de longs escaliers, jalonnés de panneaux indiquant le niveau de la glace au fil des décennies.

La calotte glaciaire du Groenland et celle de l'Antarctique

Le programme international IMBIE, soutenu par la NASA et l'Agence spatiale européenne, combine les mesures de plusieurs familles de satellites. Sa dernière évaluation, publiée en 2023, indique que :

La montée des eaux

Selon le sixième rapport du GIEC (2021), le niveau moyen des mers a monté d'environ 20 centimètres entre 1901 et 2018. Surtout, cette hausse s'accélère : environ 1,3 millimètre par an entre 1901 et 1971, puis environ 3,7 millimètres par an entre 2006 et 2018. Le GIEC estime que le niveau des mers a monté plus vite au XXᵉ siècle qu'au cours de n'importe quel siècle des trois derniers millénaires.

La fonte des glaces terrestres n'est pas la seule cause : l'eau de mer se dilate aussi en se réchauffant (on parle de dilatation thermique). Mais la part de la glace augmente à mesure que la fonte s'accélère.

Des réserves immenses

Les calottes contiennent beaucoup plus de glace que tout ce qui a fondu jusqu'ici. Si toute la glace du Groenland fondait, le niveau des mers monterait d'environ 7 mètres ; pour l'Antarctique, ce serait près de 58 mètres. Personne ne prévoit une fonte totale à l'échelle de quelques siècles, mais ces chiffres montrent que même une petite fraction de ces réserves suffit à redessiner les littoraux.

Pourquoi c'est important

Pour les littoraux

Quelques centimètres de plus suffisent à aggraver les submersions lors des tempêtes et l'érosion des côtes. Le GIEC estime que des événements extrêmes de niveau marin qui se produisaient environ une fois par siècle deviendront annuels dans de nombreux endroits d'ici 2100. Une grande partie de la population mondiale vit près des côtes, et de nombreuses grandes villes sont construites au bord de la mer.

Pour l'eau douce

Les glaciers de montagne sont des châteaux d'eau naturels : ils stockent l'eau en hiver et la relâchent en été, au moment où les rivières en ont le plus besoin. Dans un premier temps, la fonte augmente le débit des rivières. Mais à mesure que les glaciers rétrécissent, cet apport finit par diminuer. Les régions qui dépendent de cette eau pour l'agriculture, l'eau potable ou l'hydroélectricité, de l'Asie centrale aux Andes, sont particulièrement exposées. C'est l'une des raisons pour lesquelles les Nations unies ont fait de 2025 l'Année internationale de la préservation des glaciers.

Pour la montagne

Le recul des glaciers déstabilise aussi les versants qu'ils soutenaient, et le dégel du sol gelé en altitude favorise les éboulements. Les refuges, les itinéraires d'alpinisme et les remontées mécaniques doivent s'adapter.

Pour le climat lui-même

Moins de neige et de glace, c'est moins de surfaces blanches pour renvoyer la lumière du soleil : la fonte entretient le réchauffement. Et l'eau douce qui se déverse dans l'Atlantique Nord depuis le Groenland pourrait, selon les scientifiques, contribuer à affaiblir les grands courants océaniques, un sujet de recherche très actif.

Peut-on encore limiter la fonte ?

Oui. Une partie de la fonte à venir est déjà inévitable, car les glaces réagissent avec retard au réchauffement déjà acquis. Mais la quantité de glace perdue d'ici la fin du siècle dépend directement du niveau de réchauffement que nous atteindrons. Les projections montrent que chaque dixième de degré évité préserve une part significative des glaciers restants. Limiter le réchauffement à 1,5 °C plutôt qu'à 2 °C ou davantage fait une différence considérable pour les glaciers, les calottes et le niveau des mers.

Ce que chacun peut faire

La fonte des glaces dépend de la quantité totale de gaz à effet de serre émise par l'humanité. Chaque tonne évitée compte. Nos guides détaillés vous aident à agir là où cela pèse le plus :

Questions fréquentes

Quelle est la cause de la fonte des glaces ?

Le réchauffement climatique, provoqué par les gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Des étés plus longs et plus chauds, moins de neige et un océan plus chaud font perdre aux glaciers et aux calottes plus de glace qu'ils n'en reçoivent chaque année.

Quelles sont les conséquences de la fonte des glaces ?

La montée des eaux, qui aggrave les submersions et l'érosion des côtes ; la baisse, à terme, des réserves d'eau douce des régions qui dépendent des glaciers ; l'instabilité des versants en montagne ; et un réchauffement accéléré, car la glace qui disparaît ne renvoie plus la lumière du soleil.

La fonte de la banquise fait-elle monter le niveau de la mer ?

Presque pas, car la banquise flotte déjà, comme un glaçon dans un verre. Ce sont les glaciers et les calottes glaciaires, posés sur la terre ferme, qui font monter le niveau de la mer en fondant.

Peut-on encore arrêter la fonte des glaciers ?

Une partie de la fonte est déjà inévitable, mais la quantité de glace perdue d'ici 2100 dépend directement de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Chaque dixième de degré évité préserve une part importante des glaciers restants.

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