Comprendre · 2 novembre 2026

Banquise : pourquoi sa fonte accélère le réchauffement (l'effet albédo)

8 min de lecture

La banquise renvoie vers l'espace une grande partie du soleil qu'elle reçoit. Quand elle fond, l'océan sombre absorbe cette énergie et le réchauffement s'emballe. Tout comprendre, chiffres à l'appui.

La banquise est la glace qui se forme quand l'eau de mer gèle, à la surface des océans polaires. En fondant, elle ne fait presque pas monter le niveau de la mer, mais elle accélère le réchauffement : une surface blanche renvoie la lumière du soleil vers l'espace, alors que l'océan sombre qu'elle laisse derrière elle l'absorbe. C'est ce qu'on appelle l'effet albédo. Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), l'étendue minimale de la banquise arctique en fin d'été recule d'environ 12,5 % par décennie depuis 1979.

Survolez l'océan Arctique en été : là où flotte encore la banquise, tout est blanc ; là où elle a fondu, l'eau paraît presque noire. Cette différence de couleur n'est pas un détail. Elle explique en grande partie pourquoi les régions polaires se réchauffent plus vite que le reste du globe, et pourquoi chaque mètre carré de glace perdu compte.

Ce qui se passe

Banquise : définition, et différence avec un iceberg

On confond souvent trois sortes de glace polaire :

La banquise flotte déjà sur l'eau. Comme un glaçon dans un verre, sa fonte ne fait quasiment pas monter le niveau de la mer. Ce sont les calottes glaciaires et les glaciers de montagne, en déversant dans l'océan de la glace stockée sur terre, qui contribuent à cette montée. La banquise joue pourtant un rôle majeur dans le climat, par un autre mécanisme.

L'albédo, ou le pouvoir de réfléchir la lumière

Une surface claire renvoie vers l'espace une grande partie de la lumière du soleil ; une surface sombre l'absorbe et se réchauffe. C'est pour cela qu'on a plus chaud en été avec un t-shirt noir qu'avec un t-shirt blanc. Les scientifiques appellent cette capacité à réfléchir la lumière l'albédo. Il va de 0 (tout est absorbé) à 1 (tout est renvoyé).

La banquise est un excellent miroir. Selon le NSIDC, la glace de mer nue réfléchit environ 50 à 70 % de l'énergie solaire qu'elle reçoit, et jusqu'à 90 % lorsqu'elle est couverte de neige fraîche. L'océan libre, lui, n'en renvoie qu'environ 6 % et absorbe tout le reste.

Autrement dit, remplacer un kilomètre carré de banquise enneigée par un kilomètre carré d'océan, c'est passer d'une surface qui renvoie presque toute l'énergie reçue à une surface qui en garde plus de 90 %.

Une boucle qui s'entretient d'elle-même

Ce contraste crée ce que les climatologues appellent une rétroaction positive, c'est-à-dire un effet qui amplifie sa propre cause :

  1. L'air et l'eau se réchauffent, la banquise fond plus tôt au printemps et regèle plus tard à l'automne.
  2. Plus d'océan sombre est exposé au soleil pendant les longues journées de l'été polaire, et il absorbe davantage de chaleur.
  3. Cette chaleur stockée dans l'océan retarde le regel et fait fondre encore plus de glace l'été suivant.

La boucle ne s'arrête pas à l'été. L'océan restitue en automne la chaleur accumulée, ce qui réchauffe l'air arctique et amincit la glace qui se forme en hiver. Une glace plus fine fond plus facilement l'année d'après.

Pourquoi l'Arctique se réchauffe-t-il plus vite que le reste du monde ?

Ce phénomène porte un nom : l'amplification arctique. Une étude publiée en 2022 dans la revue Communications Earth & Environment (Rantanen et ses collègues) a montré que l'Arctique s'est réchauffé près de quatre fois plus vite que la moyenne mondiale entre 1979 et 2021, et jusqu'à sept fois plus vite dans certaines zones comme la mer de Barents. Les auteurs désignent le recul de la banquise et l'effet albédo comme l'un des principaux moteurs de cet écart.

D'autres mécanismes y contribuent : la vapeur d'eau et les nuages, ou encore la façon dont l'atmosphère polaire, stable et peu épaisse près du sol, garde la chaleur en surface. Mais la perte de la glace de mer reste au cœur de l'explication.

Et l'Antarctique ?

La banquise de l'océan Austral fonctionne différemment. Elle entoure un continent au lieu d'occuper un océan fermé, et presque toute fond chaque été avant de se reformer l'hiver suivant. Pendant longtemps, elle est restée stable, voire a légèrement progressé. Depuis 2016, elle connaît au contraire des étendues très faibles, avec un record bas en février 2023. Les scientifiques étudient encore la part du réchauffement de l'océan et celle de la variabilité naturelle des vents dans ce changement.

Ce que disent les données

Le NSIDC mesure chaque jour l'étendue de la banquise par satellite, depuis la fin de 1978. L'étendue correspond à la surface d'océan couverte d'au moins 15 % de glace. Mon Iceberg calcule à partir de ces données publiques le minimum atteint chaque année, en fin d'été.

La banquise arctique

L'étendue ne dit pas tout. La glace est aussi beaucoup plus jeune et plus fine qu'il y a quarante ans. La glace dite pluriannuelle, qui a survécu à plusieurs étés et peut dépasser plusieurs mètres d'épaisseur, a en grande partie disparu depuis les années 1980 selon les observations satellitaires suivies par le NSIDC et la NASA. Elle a été remplacée par une glace d'un an, plus fragile.

La banquise antarctique

La banquise y varie davantage d'une année à l'autre. Mais les quatre minimums les plus faibles mesurés depuis 1979 ont tous été relevés entre 2022 et 2025, d'après les mêmes données NSIDC.

Et demain ?

Le GIEC, dans son sixième rapport d'évaluation (2021), estime que l'océan Arctique sera probablement quasiment libre de glace en septembre au moins une fois avant 2050, dans tous les scénarios d'émissions étudiés, et de plus en plus souvent à mesure que le réchauffement augmente. « Quasiment libre de glace » signifie moins d'un million de km² de banquise, contre plus de sept millions en moyenne dans les années 1980.

Une année isolée peut faire exception : la météo d'un été peut ralentir ou accélérer la fonte. C'est la tendance sur plusieurs décennies qui compte, et elle est nette dans l'Arctique. Vous pouvez la suivre sur les graphiques de la section Climat de Mon Iceberg, mis à jour à chaque relevé.

Pourquoi c'est important, même loin des pôles

Ce que chacun peut faire

Personne ne regèlera la banquise à lui seul. Mais la quantité de glace qui disparaîtra dépend directement de la quantité totale de gaz à effet de serre que l'humanité émettra dans les prochaines décennies. Chaque tonne évitée compte.

En France, l'empreinte carbone moyenne se situe entre 8 et 9 tonnes d'équivalent CO₂ par personne et par an, selon les dernières estimations du ministère de la Transition écologique (SDES) et de l'Insee. Les transports, l'alimentation et le logement en représentent la plus grande part. Nous avons détaillé, dans notre rubrique Agir au quotidien, les gestes qui pèsent le plus, chacun sur une page dédiée :

Ces gestes ne remplacent pas les politiques publiques ni les efforts des entreprises, mais ils les accompagnent et montrent qu'un autre mode de vie est possible.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'albédo ?

L'albédo est la part de la lumière du soleil qu'une surface renvoie vers l'espace, de 0 (tout est absorbé) à 1 (tout est renvoyé). Selon le NSIDC, la banquise couverte de neige renvoie jusqu'à 90 % de l'énergie solaire, l'océan libre environ 6 %.

Quelle est la différence entre la banquise et un iceberg ?

La banquise est de l'eau de mer gelée, fine et salée, qui se forme à la surface de l'océan. Un iceberg est un bloc d'eau douce détaché d'un glacier ou d'une plate-forme de glace, qui dérive sur l'océan.

La banquise arctique va-t-elle disparaître ?

Selon le GIEC, l'Arctique sera probablement quasiment libre de glace en septembre au moins une fois avant 2050. La banquise se reformera toujours en hiver, mais de plus en plus fine et pour moins longtemps.

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